À l'abri

Exposition collective

Du 7 novembre 2026 au 10 janvier 2027
Médiathèque Edmond Rostand — 11 rue Nicolas Chuquet, 75017 Paris

Idéal, tantôt matériel, tantôt symbolique, propre à chacun·e ou partagé par une communauté, l'abri revêt en soi une dimension politique, entre repli sur soi et possibilité d'un espace pour chacun·e. Le groupe a entendu « à l'abri » tout à la fois comme faire abri et comme être à l'abri. La notion d'abri nous est apparue comme profondément intime, au sens de l'intime comme interface entre soi et le monde.

« À l'abri » : comme un désir universel d'un lieu-refuge ou d'un mouvement vers un tel lieu.

Mathieu Papion, Mathilde M. — commissariat

Les œuvres

Le cimetière de Navarre

Geoffroi Caffiery

Un matin, Geoffroi Caffiery entend à la radio que le cimetière de l'hôpital psychiatrique de Navarre va être rasé pour faire place à une voie express. Il décide de s'y rendre et de suivre le chantier par la photographie.

Le cimetière, établi sur une pente boisée aux alentours d'Évreux depuis 1876, regroupait plus d'un millier de sépultures : principalement d'anciens patients de l'hôpital, mais également des soignants qui avaient choisi de reposer à leurs côtés. Le lieu était un havre de paix : à l'écart de toute construction, au cœur d'une forêt, il offrait un ultime abri au terme de vies particulièrement marquées par la souffrance.

Malgré des protestations citoyennes, le cimetière a fini par être rasé, et le photographe a documenté, avec émotion, cette disparition. Elle témoigne selon lui d'une époque, la nôtre, qui, non contente de ne pas donner de repos aux vivants, le refuse également aux morts.

Madame Levrel

Françoise Lambert

Tirages argentiques en N&B sur papier baryté, prises de vue 1997-1998 — C-print contrecollé sur dibond, prises de vue 2005

« Le château de la Cane », c'était la fierté de la vie de Madame Levrel. Elle avait retapé elle-même cette maisonnette, à l'écart du bourg rural où elle était née. Cet abri modeste, elle l'avait patiemment investi avant de s'y installer pour sa retraite. À quatre-vingts ans, elle a dû emménager dans une maison HLM de la commune, plus pratique, plus moderne.

Françoise Lambert a documenté ce passage d'un abri à l'autre, et dresse le portrait de cette personne qui a tant compté pour la photographe depuis son enfance.

Dans ma véranda

François Chanussot

Épreuves gélatino-argentiques contrecollées sur plaques de noyer

Dans ma véranda, il y a
des légumes, et des clous, et des bouts de bois,
des choses qu'on oublie là et d'autres qu'on laisse, pour voir ce que ça deviendra.
Dans ma véranda, il y a des galaxies minuscules et des restes de vies passées.
Il y a la chaleur de l'été qui assèche tout, consume tout, et le soleil d'automne qui réchauffe les abeilles et celui du printemps qui veille sur les semis.
Il y a le vent qui s'engouffre et la pluie qui s'infiltre, l'odeur de la mousse et la poussière du temps.

Évasion(s)

Leslie Sobaga

Impressions Fine Art, contrecollées sur Dibond

D'un côté, l'espace clos de l'appartement pendant le confinement.
De l'autre, l'infini de la forêt, dans une respiration plus vaste.
Entre les deux, une même recherche : celle d'un abri.

Leslie nous convie à une balade introspective pour penser à de nouveaux possibles. Lorsque l'enfermement s'impose à elle, elle trouve à travers la photographie un moyen d'évasion.

Par le détour de l'autoportrait mis en perspective avec la forêt, elle nous invite à repenser aussi notre rapport avec la nature et l'altérité. Son récit photographique nous montre que l'enfermement, même physique, ne nous empêchera en rien de rêver, tel un écho aux poèmes Lettres de la maison sombre et triste de Rosa Luxemburg.

Anonyme(s)

D.T.

Cyanotypes sur papier

Comment se réparer ? Entrer, s'asseoir, entendre son histoire et raconter sans le savoir d'autres vies. Se trouver enfin par ces autres qui sont je.

S'enfouir

Caroline Chik

Vidéo-performance sur écran, durée 1'20 — Tirages couleur sur papier argentique d'après photogrammes vidéo

Tu entends le bourdonnement des drones qui patrouillent au-delà de la cime des arbres. Ils t'empêchent de percevoir les mille nuances du vent dans les feuilles et les branches, le craquement du bois, la houle.

Les champs de blé d'Ukraine ne sont plus exploités. Ils sont recouverts de milliers de fils iridescents. Les câbles de fibre optique laissés par les drones de guerre recouvrent la plaine, tissent une toile de modernité et de mort.

Alors tu retournes au jardin. Là où les légumes et les fleurs poussent, où le vivant foisonne et déborde, où les chevreuils viennent avec leurs petits manger les jeunes pousses et les feuilles tendres. Là où les chasseurs ne vont pas les trouver.

Il y a les jours de colère et de révolte, le rouge aux joues et l'envie d'en découdre. Et puis il y a ceux où la tristesse t'empoigne et te serre, lorsque la brutalité d'un manque se rappelle à toi, lorsque l'écho de la violence rebondit et revient à toi.

Alors tu fais corps. Tu fais corps avec le foin, avec le sol, avec l'humus, avec la rosée…

Tu rejoins les adventices et les vivaces, les racines et les pistils, les rhizomes et les bourgeons. Tu te soustrais, au bruit, aux impatiences, aux déceptions, à la malice et à la violence. Tu te soustrais et tu renais.

Photo-cube

Vincent Boissonnat

Conception et fabrication du cube : Sybille Duval et Alexis Caillon

Constellation

Œuvre collective

Nous avons eu à cœur de réunir des photographies réalisées par des autrices et des auteurs différent·e·s dans un même ensemble : la Constellation. Faire dialoguer des images issues de contextes et de regards différents, les détourner de leur sens originel pour faire naître une lecture nouvelle au sein d'un mouvement collectif, c'était en effet pour nous revenir à une pratique de la photographie comme assemblage d'images qui se « contaminent » les unes les autres, de la même manière que chacun·e d'entre nous a « contaminé » l'ensemble du groupe, en apportant son rapport propre à la notion d'abri.

Nous nous le sommes souvent dit entre nous : l'image est un refuge pour le photographe. Le collectif aussi.

L'abri d'abris

Une œuvre collective et participative.

Dites-nous ce que « à l'abri » signifie pour vous. Venez déposer votre participation — un dessin, une histoire, un souvenir, une photo, un poème — et construisez avec nous un abri fait de nos abris.


Avec la participation de

Juliette Arradon
Vincent Boissonnat
Geoffroi Caffiery
François Chanussot
Caroline Chik
Yann Doumeix
Françoise Lambert
Mathilde Mendès
Mathieu Oui
Mathieu Papion
Claude Pavelek
Leslie Sobaga
D. T.

Commissariat — Mathilde M., Mathieu Papion
Coordination — François Chanussot

Suivant
Suivant

Bièvres 2023